
La 36e édition des Journées Cinématographiques de Carthage (JCC) s’est ouverte ce samedi 13 décembre avec la projection très attendue de Palestine 36 d’Annemarie Jacir.Plus qu’un simple film d’époque, cette fresque historique sur la Grande Révolte Arabe résonne avec une force particulière dans le contexte actuel, marquant un coup d’envoi placé sous le signe de l’engagement et de la mémoire.
Samedi soir, le Théâtre de l’Opéra de Tunis affichait complet. Dans une atmosphère chargée d’émotion, le public des JCC a découvert Palestine 36, le nouveau long-métrage de la réalisatrice Annemarie Jacir. Ce choix pour la soirée d’ouverture ne doit rien au hasard : le film explore les racines de la lutte palestinienne à travers une année charnière, 1936, où le pays s’est soulevé contre le mandat britannique et l’expansion coloniale.

Une critique historienne
Aux sources de la dépossession L’intérêt majeur de Palestine 36 réside dans sa capacité à exhumer une période souvent éclipsée par la tragédie de 1948 (la Nakba). Annemarie Jacir nous plonge au cœur de la « Grande Révolte », ce moment où le destin de la région a basculé.
Le film suit Yusuf, un homme tiraillé entre la quiétude de son village rural et l’effervescence politique d’Al-Qods (Jérusalem).
Historiquement, le récit est d’une grande précision. Il dépeint avec finesse les mécanismes de la domination britannique (entre paternalisme et répression brutale) et la montée des tensions avec les colons.
Ce n’est pas seulement un film sur le passé ; c’est un film sur la genèse d’un présent. En montrant l’organisation des comités nationaux et la solidarité des villages, Jacir rappelle que la résistance palestinienne n’est pas un phénomène récent, mais un héritage centenaire. La « Palestinisé » y est montrée dans toute sa richesse culturelle et urbaine, loin des clichés de la victimisation.
Une critique technique
Une esthétique du chaos et de la lumière Sur le plan formel, Annemarie Jacir confirme son statut de figure de proue du cinéma arabe contemporain. Voici les points forts de cette réalisation :
La photographie (Hélène Louvart) : La lumière du film est exceptionnelle. Elle passe de l’ocre chaleureux des paysages ruraux à l’atmosphère plus froide et étouffante des intérieurs sous couvre-feu. La caméra suit les personnages au plus près, créant une immersion presque physique dans les manifestations de rue. L’usage des archives : Le montage intègre habilement des images d’archives. Loin d’être de simples illustrations, elles servent de pont entre la fiction et le document historique, renforçant le poids de vérité du récit.
Porté par un casting d’envergure, notamment Hiam Abbass, Kamel El Basha et Dhafer Labidine . Le film évite le piège du théâtre de propagande pour privilégier l’humain. Les silences et les regards pèsent autant que les discours politiques.

Le rythme: Si le film prend le temps d’installer son décor (près de 2h de projection), la tension monte crescendo. La mise en scène des confrontations avec les forces britanniques est d’une efficacité redoutable, rappelant parfois le souffle épique du cinéma classique tout en gardant une modernité dans le cadrage.
Un film-somme pour la mémoire Palestine 36 n’est pas seulement un grand film d’ouverture ; c’est une œuvre nécessaire. En choisissant de raconter 1936, Annemarie Jacir offre aux spectateurs des JCC une clé de lecture essentielle pour comprendre le siècle de conflit qui a suivi. Technique maîtrisée et rigueur historique se rejoignent pour offrir un moment de cinéma puissant, qui a été salué par une longue standing ovation lors de cette soirée inaugurale. Le film représentera d’ailleurs la Palestine aux prochains Oscars, une reconnaissance logique pour ce qui s’annonce déjà comme l’un des événements cinématographiques de l’année.





