Culture

« Nahla », le réveil d’un chef-d’œuvre oublié au cœur de la Médina

Parmi les moments forts de cette édition 2025 des Journées Cinématographiques de Carthage, la projection de « Nahla » de Farouk Beloufaa offert au public une expérience sensorielle et politique  hors du commun. Entre archives restaurées et résonances contemporaines, retour sur un choc cinématographique.

Si les JCC sont connues pour célébrer la nouveauté, c’est vers un monument du passé que les regards se tournent ce soir. Nahla, unique long-métrage de fiction du regretté cinéaste algérien Farouk Beloufa (1979), a retrouvé la lumière des écrans tunisois dans une version restaurée de toute beauté. ​

Un Beyrouth fantasmatique et fiévreux ​Sorti initialement à la fin des années 70, Nahla n’est pas qu’un film : c’est une déambulation mélancolique dans un Beyrouth à l’aube de la guerre civile. Le récit suit Larbi, un journaliste algérien perdu dans les méandres d’une ville qui s’effondre, fasciné par trois femmes, dont la mystérieuse Nahla, une chanteuse qui perd soudainement sa voix sur scène. ​

Le public des JCC 2025 a pu redécouvrir cette mise en scène fragmentée, presque hypnotique, où le son joue un rôle de protagoniste. La restauration numérique permet enfin de saisir toute la subtilité de la photographie, capturant l’urgence et la confusion d’une époque charnière pour le monde arabe. ​Pourquoi « Nahla » vibre-t-il encore en 2025 ?

​Si le choix de programmer ce film cette année a suscité un tel enthousiasme, c’est parce que l’œuvre de Beloufa semble dialoguer directement avec nos crises actuelles. Les thématiques de l’exil intérieur, de la désillusion politique et de la quête d’identité résonnent avec une acuité troublante auprès de la jeune génération de cinéastes présents au festival. ​

« C’est un film qui refuse les structures classiques. Il nous apprend que le cinéma peut être une forme de résistance par le style, et pas seulement par le message », confiait un jeune étudiant de l’ISAMM à la sortie de la projection.

​ ​La projection s’est clôturée par un débat émouvant, rappelant l’importance de la préservation du patrimoine cinématographique africain et arabe. En remettant Nahla au centre de la programmation, les JCC réaffirment leur rôle de gardien de la mémoire, tout en prouvant que certains films ne vieillissent jamais : ils attendent simplement que le monde soit de nouveau prêt à les entendre. ​Alors que le festival bat son plein, Nahla reste, pour beaucoup, le véritable « Tanit de cœur » de cette édition, un rappel puissant que le cinéma est, avant tout, une affaire de souffle et de voix retrouvées.

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