« Psy »Jaafar Ghassemi met l’âme à nu et place la santé mentale sous le microscope de la comédie aux Nuits de Mahdia

Sahar Bannour
Le Théâtre des Nuits de Mahdia a accueilli, dans le cadre de sa 49ᵉ édition, dans la soirée du samedi 8 août 2026, un spectacle théâtral de l’artiste tunisien Jaafar Gassemi. Ce dernier est revenu sur scène avec sa nouvelle pièce « Psy », un spectacle alliant comédie et critique acerbe de la réalité tunisienne, tout en ouvrant le débat sur la santé mentale et le stigmate social qui l’entoure.
La pièce puise une partie de son matériau dans l’expérience personnelle de Jaafar Ghassemi, notamment après le décès de sa mère et son parcours en thérapie. Il a trouvé dans le théâtre un refuge pour exprimer sa douleur et affronter son vécu, le transformant en une œuvre artistique qui plonge dans les profondeurs de l’âme humaine et pose des questions existentielles sur l’être humain, ses peurs, ses traumatismes et ses troubles psychiques.
À travers « Psy », Gassemi a choisi de mettre à nu la psyché humaine et d’en dévoiler les faces cachées par le biais de l’escalade dramatique et de la mise en lumière des complexes enfouis en chacun de nous. Il a souligné par la même occasion l’importance de la psychothérapie et la nécessité de valoriser cette spécialité, face à un regard social qui considère encore le recours au psychiatre comme une forme de faiblesse, sans oublier la marginalisation dont souffre le secteur de la santé mentale, en particulier au sein des établissements hospitaliers.
« Psy » ne s’est pas contentée d’être une simple comédie destinée à faire rire le public ; elle a utilisé l’humour comme un moyen d’aborder des sujets lourds et douloureux. Le spectacle a ainsi évoqué une série de phénomènes et de questions qui préoccupent les Tunisiens, de la migration irrégulière à la pollution à Gabès, en passant par la crise de l’eau et de l’électricité que traverse le pays. Dans un moment humain émouvant, Jaafar Gassemi a rendu un hommage appuyé aux agents de la Protection civile, adressant ses salutations et ses condoléances à une agente suite au décès de l’un de ses collègues, électrocuté dans l’exercice de ses fonctions, une attention empreinte d’humanité saluant le dévouement et les sacrifices des agents de la Protection civile.
Sur le plan psychologique, le spectacle est entré au cœur d’expériences humaines complexes, abordant le deuil pathologique, le traumatisme et ses séquelles (hallucinations, dissociation de la réalité, troubles psychiques), tout en évoquant l’impact des drogues et de l’alcool, dans une tentative de comprendre l’humain dans ses moments de vulnérabilité et les traces laissées par les épreuves sur son psychisme et son comportement.
La pièce a également porté une critique sur plusieurs phénomènes sociaux : du harcèlement et de l’addiction aux réseaux sociaux jusqu’au phénomène des « coaches » et la quête effrénée du succès, en passant par les obstacles aux rêves, la théorie du crabe, le concept de « confessions mentales » et le faux soi (false self). Des notions que Gassemi a présentées avec ironie et proximité avec le public. « Psy » n’a pas non plus ignoré le fossé générationnel et les défis de la nouvelle génération, accompagnés de mutations dans le langage, le comportement et les relations, interrogeant l’impact des transformations sociales et numériques sur l’individu et la société.
Malgré la gravité des thèmes abordés, le spectacle a conservé son caractère comique en s’appuyant sur des expressions et des situations tirées du quotidien des Tunisiens, suscitant une forte interaction du public. La musique populaire et le répertoire musical tunisien étaient également très présents, renforçant l’ancrage local de la pièce.
L’harmonie entre l’éclairage, le texte, la musique et le jeu scénique a contribué à offrir une prestation aboutie, portée par la présence remarquable de Jaafar Gassemi, rejoint sur scène par son propre thérapeute: une scène symbolisant le lien direct entre le vécu personnel de l’artiste et le propos de la pièce. Venant de tous horizons et de tous âges, le public nombreux a réservé un accueil enthousiaste au spectacle, interagissant chaleureusement avec ses séquences comiques et ses moments de réflexion.




