Bahaa Sultan à Carthage : Entre la chaleur d’un public fidèle et les fêlures d’un géant de la chanson

Présente dans les gradins du Théâtre antique de Carthage lors de la soirée de vendredi 11 septembre 2026, une spectatrice livre une analyse poignante et sans filtre de la prestation du chanteur égyptien Bahaa Sultan. Entre contraintes acoustiques, fatigue visible et vulnérabilité émotionnelle, retour sur une nuit où la ferveur tunisienne a pallié les fragilités d’un artiste d’exception.
Si l’on met de côté les questions d’organisation et de capacité d’accueil, la réalité du sommet de l’amphithéâtre de Carthage reste inchangée : la propagation sonore y peine souvent à parvenir avec clarté. Mais au-delà de ces aspects techniques, c’est la prestation vocale et la présence scénique de Bahaa Sultan qui ont suscité de vives réactions.
Une voix étouffée et une fatigue évidente
Sur le plan vocal, la prestation est restée en deçà des attentes. La voix de l’artiste ne parvenait pas distinctement jusqu’aux hauts des gradins, avec des paroles souvent indistinctes. Face à lui, un public tunisien venu non pas pour une simple écoute contemplative, mais pour chanter à tue-tête et partager un moment de pure célébration. L’artiste, présent sur les lieux depuis l’après-midi, semblait éprouvé et inconfortable, affichant un contraste saisissant entre la puissance de ses répétitions et le rendu final de la soirée.
La fragilité psychologique au grand jour
Cette performance a mis en lumière les profondes fêlures d’un artiste éprouvé par des drames personnels successifs, notamment la perte de ses parents et de son frère aîné. Ces épreuves l’ont plongé dans une dépression sévère et un isolement social marqué. Chez une personnalité naturellement réservée, ce cumul de facteurs peut accentuer un retrait total.
Certains spécialistes rappellent d’ailleurs que lorsqu’un effondrement émotionnel survient, les mécanismes d’adaptation s’effritent, laissant apparaître des traits neurodéveloppementaux ou relationnels occultés depuis l’enfance. Pour surmonter ces épreuves, un accompagnement thérapeutique adapté et une thérapie comportementale s’imposent, à l’image du soutien psychologique apporté à Sherine Abdel-Wahab lors de la clôture du Festival de Carthage en 2022.

Un public exemplaire face aux intempéries
Malgré des imperfections techniques et artistiques, les spectateurs tunisiens ont honoré leur réputation. Même sous une pluie battante, le public est resté stoïque, chantant à l’unisson et portant le spectacle à bout de bras.Vingt-trois ans après sa première apparition sur cette scène mythique, Bahaa Sultan,voix d’or de la variété arabe, célèbre pour ses registres mélancoliques et entrainants a tenté de sortir de sa zone de confort. L’exercice s’est avéré périlleux, mais témoigne d’une volonté de renouer avec son public qui nécessitera, à l’avenir, un travail de préparation plus approfondi.





