
Un concert caritatif au sommet de la noblesse humaine qui s’est malheureusement heurté à des gradins bien trop clairsemés.
Dans le cadre du Festival international de Carthage, le public avait rendez-vous avec le chanteur libanais Rayan pour une soirée qui s’annonçait comme l’un des événements les plus marquants de cette édition. L’initiative était inédite et exemplaire : l’intégralité des recettes devait être reversée à l’Association tunisienne pour la promotion des soins palliatifs. Rayan, signant ses retrouvailles avec le public tunisien après 18 ans d’absence, a tenu à se produire bénévolement. Ce geste fort découle de son propre combat contre le cancer, une épreuve dont il est sorti rétabli et qui l’a poussé à proposer lui-même ce spectacle de soutien. Pour la première fois en 25 ans d’existence, l’association recevait un tel élan de solidarité d’un artiste, qui avait même pris le temps, la matinée même, de rendre visite aux malades de l’Institut Salah Azaiez.
Sur scène, accompagné par l’Orchestre national tunisien sous la direction du maestro Youssef Belhani, l’artiste n’a pas démérité. Ouvrant la soirée avec le titre « Tounes», spécialement composé en dialecte libanais pour clamer son amour pour notre pays, il a enchaîné ses plus grands succès («Kanet rouhi », « Ahla gharam », « Hekyou Einayk») ainsi que d’émouvants hommages à Georges Wassouf, Abdelhalim Hafedh, Fairouz et la regrettée Dhekra.
Pourtant, malgré un line-up éclectique, un talent intact et une cause éminemment humaine, l’affluence n’a pas été au rendez-vous. Un triste constat qui laisse un goût amer.
Coup de gueule : L’indifférence face à la noble cause
Comment expliquer un tel relâchement ?
Face à une initiative aussi noble et urgente, le public a brillé par son absence. En revanche, il suffit d’annoncer des spectacles d’adolescents ou des shows à la qualité artistique bien en dessous de la moyenne pour voir les guichets fermer à double tour et les gradins afficher complet en quelques minutes.
Quel phénomène social inquiétant sommes-nous en train d’observer ? Le public semble bouder un acte de pure solidarité humaine pour se ruuer sur du divertissement facile. C’est d’autant plus révoltant et incompréhensible que le cancer est une maladie universelle, une réalité brutale qui peut frapper n’importe lequel d’entre nous ou de nos proches du jour au lendemain. Voir une salle à moitié vide pour une cause qui nous concerne tous pose une vraie question sur nos priorités collectives.
Rayan a prouvé que la musique peut dépasser le simple divertissement pour devenir un acte de partage et d’humanité. Il est simplement regrettable que cette main tendue n’ait pas rencontré l’écho et la ferveur qu’elle méritait auprès de la foule.






