Santé
A la Une

Allaitement maternel en Tunisie : Entre urgence sanitaire et impératif de réforme

Alors que le monde célèbre la Semaine mondiale de l’allaitement maternel du 1ᵉʳ au 7 août, la Tunisie s’apprête à observer sa campagne nationale au cours de la première semaine de novembre. Ce décalage du calendrier n’atténue en rien l’urgence du sujet : en Tunisie, la pratique de l’allaitement exclusif au sein durant les six premiers mois de vie accuse un retard critique par rapport aux moyennes internationales

Le constat chiffré : Un écart alarmant avec les objectifs mondiaux

Selon les données de l’enquête nationale MICS (UNICEF / Ministère de la Santé), la situation de l’allaitement maternel en Tunisie présente un bilan préoccupant:

  • Taux d’allaitement exclusif (0-6 mois) : 17,8 % seulement des nourrissons tunisiens bénéficient d’un allaitement maternel exclusif jusqu’à l’âge de 6 mois.
  • Mise au sein précoce : À peine 34,3 % des nouveau-nés sont mis au sein dans la première heure suivant leur naissance.
  • Recours aux laits artificiels : Plus de 52 % des nourrissons de moins de 5 mois reçoivent du lait industriel ou d’autres substituts de manière précoce.

Les obstacles : Entre contraintes socio-professionnelles et pression commerciale

L’abandon précoce du lait maternel au profit des formules synthétiques s’explique par un faisceau de facteurs structurels et sociétaux :

  1. La brièveté du congé de maternité : La durée limitée du congé légal contraint de nombreuses mères actives à interrompre brusquement l’allaitement pour reprendre le travail.
  2. Des milieux de travail peu adaptés : Malgré les cadres légaux prévoyant des heures d’allaitement ou des aménagements dédiés, très peu d’entreprises proposent des espaces de tirage de lait fonctionnels ou des crèches d’entreprise.
  3. La commercialisation agressive des substituts : Les campagnes promotionnelles intenses et l’accessibilité facile du lait artificiel incitent fréquemment à la substitution, parfois dès la maternité.
  4. Les idées reçues culturelles : La pratique répandue d’administrer de l’eau ou des infusions sucrées dès les premières semaines nuit à la conduite de l’allaitement exclusif.

Campagnes et mobilisations : Le combat des acteurs locaux

Face à ce constat, les structures publiques et la société civile intensifient leurs efforts de sensibilisation :

Les initiatives ministérielles et de l’ONFP : Des campagnes nationales d’information sont régulièrement organisées autour du slogan « L’allaitement maternel est important pour nous tous», mettant l’accent sur les bénéfices de la santé maternelle et infantile (réduction du risque de cancer du sein, protection contre les infections infantiles)

L’engagement associatif : Des organisations comme l’association HANEN militent pour l’application stricte du Code international de commercialisation des substituts du lait maternel et la fin du marketing agressif des marques de lait en poudre.

Si le lait maternel constitue le premier vaccin et la meilleure source de nutrition pour le nourrisson, sa généralisation en Tunisie nécessite un engagement politique et social fort. L’allaitement ne doit plus être perçu comme la seule responsabilité de la mère, mais comme un investissement collectif pour la santé publique.

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Bouton retour en haut de la page