Carole Semaha à l’Opéra de Tunis : Un Cri d’Amour et de Résilience sous les Voûtes de la Cité de la Culture

Le Théâtre de l’Opéra de Tunis a vécu, hier soir le 15 mars 2025, une parenthèse hors du temps. Dans une salle comble où l’émotion était palpable avant même la première note, la diva libanaise Carole Samaha a offert bien plus qu’un concert : elle a livré un témoignage poignant sur la survie, l’exil intérieur et l’espoir.

Un prélude patriotique : « Behebek ya Lobnen »
Dès son entrée en scène, vêtue d’une robe noire d’une élégance sobre et solennelle (rappelant ce deuil qu’elle porte avec une dignité désarmante depuis la perte de son époux ). Carole Samaha a choisi de frapper au cœur. Les premières notes de « Behebek ya Lobnen » ont résonné comme une prière. Commencer par ce classique de Fairuz n’était pas un simple hommage, mais un acte d’affirmation : malgré les plaies ouvertes d’un Liban meurtri par les crises et les échos de la guerre qui ne cessent de hanter le quotidien, l’amour du pays reste l’ancre indéracinable.
Le fil rouge d’une vie : Entre mélancolie et lumière
Le spectacle s’est articulé autour d’un répertoire savamment choisi, oscillant entre la tendresse de « Ghali Alayi» et l’introspection de « Khallik Bhalek ». À travers des titres comme « Adwaa El Chohra » ou le rythmé « Fawda », l’artiste a su guider le public tunisien dans les méandres de sa carrière. Mais c’est dans la vulnérabilité que Carole a véritablement transcendé la scène.
« Nefess » : Le souffle coupé par l’émotion
Le sommet de la soirée fut sans conteste l’interprétation du titre « Nefess ». Habitée, la voix parfois au bord de la rupture, Carole Samaha a chanté ce besoin vital de « respirer » dans un monde asphyxiant.
« Ce morceau semble aujourd’hui porter une double résonance : celle d’une femme qui réapprend à vivre après le départ de son compagnon, et celle d’un peuple libanais qui cherche son second souffle au milieu des décombres et de l’instabilité régionale. »
Les larmes aux yeux, l’artiste a lié son drame personnel au drame collectif de sa terre natale, créant un pont invisible mais indestructible avec le public tunisien, particulièrement sensible à cette quête de liberté et de paix.
Une icône en noir, mais tournée vers l’aurore
Si le noir de ses tenues symbolise une douleur qui ne s’efface pas, sa présence scénique, elle, reste lumineuse. En clôturant avec « Ismaani », Carole Samaha a rappelé que la musique demeure le dernier rempart contre l’oubli et le désespoir.L’Opéra de Tunis a refermé ses portes, mais le souffle de Carole, ce fameux « Nefess », continue de flotter sur la ville, rappelant que l’art est peut-être la seule réponse digne face à la cruauté du monde.





